5 questions sur l’ISR (Investissement socialement responsable)
publié le 14 avril 2021
Décryptage , Gérer mon argent
Développement durable, transition énergétique, Investissement socialement responsable (ISR), aujourd'hui, l'heure est à l'éthique. Épargnants, investisseurs, sociétés de gestion d'actifs, tout le monde s'y met. Présentation de cette tendance par Marco Heimann, maître de conférences à l’IAE Lyon School of Management et spécialiste de la finance responsable.

L’Association française de la gestion financière définit l’ISR comme un placement visant à concilier performance économique, impact social et environnemental en finançant les entreprises qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. Loin d’être une ligne de produits financiers comme une autre, l’ISR constitue une philosophie nouvelle d’investissement. Les fonds durables sélectionnent des placements qui, à la fois, performent bien et démontrent un impact positif sur la planète et la société. Investir de façon responsable permet de favoriser une économie durable.

Dans le cas de placements classiques, les choix des épargnants reposent sur des critères financiers. Avec l’ISR, l’investisseur choisit d’intégrer en plus dans sa stratégie de placement des critères extra financiers, en termes d’environnement, de social et de gouvernance (ESG). Le premier tient compte de tout ce que l’entreprise met en place pour préserver les ressources de la planète, comme le mode de traitement des déchets et la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Le critère S concerne l’univers du travail et les conditions dans lesquelles se trouvent tous les salariés sans exception. Il sert à étudier le niveau de dialogue présent au sein d’une entreprise et permet d’éviter la discrimination sous toutes ses formes sur le plan professionnel. Enfin, le critère G veille à la transparence des comptes de l’entreprise. Que ce soit au niveau de la présence d’éventuelle trace de corruption ou par rapport à la rémunération des dirigeants.

De fait, certains secteurs jugés immoraux comme l’armement, le tabac et le nucléaire, ainsi que ceux jugés trop nocifs pour l’environnement sont exclus. En France, la méthode la plus courante est celle de l’intégration visant à sélectionner les bons élèves parmi les entreprises capables de démontrer, chiffres à l’appui, leur contribution positive à l’environnement ou à la société. Certains fonds choisissent les entreprises les plus vertueuses du marché et se tournent donc naturellement vers des producteurs d’électricité renouvelable et des spécialistes de la gestion de déchets, c’est l’approche dite best in universe. Mais la plupart des gestionnaires français préfèrent sélectionner les PME exemplaires de chaque secteur, sans exception. Cette démarche nommée best in class présente l’avantage de diversifier le risque entre un plus grand nombre d’activités.

Généralement, ils ne possèdent pas assez de poids pour intervenir sur la stratégie. Sauf, si l’ISR prend la forme d’un engagement actionnarial actif dans le but d’influencer le comportement au travers de l’exercice des droits de vote. La participation aux assemblées générales permet alors le dépôt de résolutions sur des sujets environnementaux ou sociaux de manière à pousser l’entreprise à modifier ses pratiques. Très répandue chez les Anglo-saxons, elle se déploie en France.

L’image de l’ISR pâtit parfois du sentiment que le retour sur investissement sera plus faible que celui obtenu avec une gestion de portefeuille plus classique. Ce sentiment est néanmoins une idée reçue. L’ISR ne cherche pas à sacrifier le rendement au profit de vertus écologiques ou sociales, mais à aligner les intérêts financiers avec ceux du développement durable. Les entreprises sélectionnées par un fonds ISR peuvent ainsi être tout aussi rentables que leurs consoeurs n’entrant pas dans ces mêmes critères. Plusieurs études montrent que l’ISR ne réduit pas la performance financière. Par ailleurs, on remarque une plus grande fidélité des investisseurs.