Comment alléger sa charge mentale… et celle de ses équipes !
publié le 14 février 2020
Manager mon entreprise , Regards croisés
Quantité de travail + complexité des tâches + temps imparti + état psychique = charge mentale de la vie professionnelle. Cette addition peut devenir insoluble si les données ne sont pas claires ou compatibles. Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Anact (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail), et Alexis Faglin, responsable du pôle leadership et management chez CSP, une entreprise spécialisée dans la formation sur mesure, donnent leurs pistes pour faciliter cette difficile résolution par les managers et leurs collaborateurs.

95 % des cadres pensent à leur travail le soir, chez eux.
81 % affirment qu’ils ont « plus de choses à faire qu’il y a quelques années ».
77 % des travailleurs disent avoir « trop de choses à gérer en même temps ».

Source : Ifop-Mooncard, 2019.

Alexis Faglin : Lorsqu’on ne prend pas le temps d’un échange constructif et nourri, cela génère des problèmes. Dans notre monde de data et de surinformation, l’écueil est la désinformation. Il faut revenir aux fondamentaux de la communication : une écoute active, des reformulations pour vérifier que l’interlocuteur a entendu et compris, des informations qualitatives et stables pour éviter les interprétations subjectives.

Thierry Rousseau : Dans la prévention des risques professionnels, nous mettons en avant la nécessité de trouver un équilibre entre les contraintes qui s’imposent et les ressources dont on dispose pour accomplir une tâche. Cela implique d’échanger pour mettre à plat les situations qui reposent sur des éléments objectifs – ce qui est prescrit (obligations, procédures…), ce qu’on met en œuvre pour atteindre le but (la charge réelle) – mais aussi subjectifs : ce qu’on retire du travail accompli et la reconnaissance qui vient avec. Le plus simple est de partir d’un problème concret pour imaginer ensemble des solutions.

Alexis Faglin : La délégation est un art subtil. Le manager doit d’abord accepter l’idée de confier des tâches, de lâcher prise. En se positionnant clairement sur ce qu’il délègue et en laissant le champ libre sur la méthode, il s’inscrit dans une logique agile. En revoyant ses exigences et en allégeant la pression, il accorde de fait plus de temps.

Thierry Rousseau : Donner de l’autonomie, des responsabilités, est fondamental. Les salariés affirment que le sentiment de satisfaction est bien plus élevé quand ils ont des marges de manœuvre que quand ils doivent uniquement exécuter une tâche. Les deux écueils à éviter sont une prescription trop rigide ou au contraire, l’absence de cadre. L’idéal est de donner une trame qui favorise l’autonomie opérationnelle puis d’offrir un soutien face aux aléas.

Alexis Faglin : On ne peut pas déléguer sans accorder sa confiance. Ensuite, la reconnaissance de la qualité du travail réalisé permet d’améliorer l’implication du collaborateur et souvent, de perfectionner sa production. Cette approche positive va de pair avec un accompagnement continu. Laisser de l’autonomie dans l’organisation du travail des personnes est déjà un signe de reconnaissance.

Thierry Rousseau: Quand une personne a le sentiment que son territoire professionnel est reconnu et qu’elle évolue dans un cadre explicite, ce n’est pas un problème en soi que l’activité soit tendue. Elle sera plus engagée qu’une personne qui a un sentiment de déséquilibre trop prononcé. Beaucoup de salariés s’estiment en surcharge (+ de 40 % aujourd’hui), mais la sous-charge  génère aussi de la souffrance. Définir des enjeux, laisser assez d’autonomie en toute confiance permet aux collaborateurs de faire preuve d’initiatives. La créativité naît souvent dans les interstices.

Thierry Rousseau : Travailler, c’est œuvrer ensemble. Dans notre culture, on ne développe par assez la qualité du travail collaboratif. Le manager doit créer les conditions pour que les collaborateurs s’expriment dans un vrai dialogue professionnel. Communiquer sur les problèmes vécus par tous, plutôt que de pointer les fautes individuelles, réduit le stress et permet de sortir de situations inconfortables.

Alexis Faglin : L’entraide est à promouvoir, car l’intelligence collective se révèle très puissante. Évoluer dans un mode coopératif avec des productions à plusieurs mains s’avère rassurant et stimulant. Au manager d’adopter une « posture basse d’animateur » lors d’instances collectives pour libérer la parole. Cette impulsion génère des idées, de la créativité, des pratiques nouvelles…

Thierry Rousseau : Pour que le manager soutienne l’activité, règle les problèmes, invite à avancer ensemble et permettre les initiatives, cela nécessite qu’il soit lui-même bien formé et qu’il dispose de temps pour animer son équipe. Sinon, le risque est qu’il se cantonne à un rôle négatif reposant uniquement sur la prescription, le contrôle et la répercussion des contraintes.

Alexis Faglin : Libérer la charge du manager est un prérequis indispensable pour qu’il puisse bien suivre son équipe à la fois au niveau individuel et collectif. Cette mission requiert un savoir-faire, un savoir-être, une posture et des « soft kills », ces compétences comportementales ou émotionnelles essentielles pour gérer l’humain.