Manager un jeune, mission impossible ?
publié le 29 novembre 2019
Interview , Manager mon entreprise
Indisciplinés, peu enclins au dialogue, électrons libres fuyant la hiérarchie... les jeunes Y posent question aux managers X et aux baby-boomers. Si certains employeurs ont su restaurer leur autorité, d’autres s’avouent un peu perdus. Manager un jeune, mission impossible ? Non ! À condition de jouer « collectif et transparent » répond Fabienne Autier, professeur à l’EM Lyon Business School.

Est-ce compliqué de manager les moins de 30 ans ?

Fabienne Autier : Il y a quelques règles à appliquer, c’est certain. Le manager doit être extrêmement clair sur ses attentes, ferme sur les rendus de mission et s’astreindre à des points réguliers, des feed-back précis et circonstanciés.

Qu’est-ce qui caractérise les jeunes collaborateurs de leurs collègues plus âgés ?

Fabienne Autier : Je dirais en premier lieu qu’ils sont inquiets et angoissés à l’idée de ne pas réussir. D’où ce besoin de cadre sur leur mission. En première partie de carrière, le moteur, c’est l’obligation de faire et en miroir, une attente sur la manière dont on agit : bien ou pas ! Un jeune est prêt à démissionner s’il n’a pas de retours précis sur ce qu’on attend de lui et sur sa prestation. Il a besoin de s’identifier à quelqu’un dans l’entreprise, représentation de ce qu’il voudrait devenir plus tard. La relation ne repose plus en effet sur la seule autorité ou sur l’empathie du manager ; elle naît du sens que l’on est capable de donner à la mission confiée et de la sincérité de la félicitation lorsque le cas se présente.

Faut-il instaurer un cadre horaire rigide ?

Fabienne Autier : Surtout pas, car cette génération a beaucoup de mal à évoluer dans un cadre horaire trop formel ! Il faut lui laisser sa propre notion du temps, en veillant à ce que les conditions soient réunies pour que le travail soit fait. Je dirais même qu’il faut arrêter d’être tatillon sur cette question des horaires. C’est un peu le sens de l’histoire… Encore une fois, ce ne sont pas les horaires qu’il convient de contrôler, mais le travail, ce qui est éminemment plus compliqué !

La légitimité du manager est donc au cœur de la relation ?

Fabienne Autier : Absolument. Ils ne veulent pas qu’on leur laisse carte blanche. Ils sont en attente d’un manager qui les conduit à faire leurs preuves.

Le salaire est-il un élément fondamental ?

Fabienne Autier : C’est plutôt un élément qui émerge en seconde partie de carrière. En revanche, ce qui va conduire un jeune à rester dans une entreprise, ce sont les possibilités d’évolution, les formations, la perspective d’une nouvelle mission où il se challengera. Autant d’éléments où nos managers de la génération X ne sont pas toujours excellents… Les organisations anglo-saxonnes ou asiatiques m’apparaissent plus performantes sur ce point.

Les jeunes aiment-ils l’entreprise ?

Fabienne Autier : Certains ont vu leurs parents souffrir d’être licenciés ou mal traités au sein de leur entreprise, ils expriment donc une méfiance tirée de l’observation de circonstances précises.  Du coup, leur confiance se porte plutôt vers des individus que des organisations. Ils ne croient plus aux grands discours et aux belles promesses ; ils ont besoin d’une relation forte avec leur manager. Un manager plus participatif, plus servant, honnête sur ses attentes et le travail accompli.

BIO EXPRESS’

Fabienne Autier est professeure-chercheuse en management des RH à l’EM Lyon Business School. Elle enseigne en formation initiale et auprès de managers en inter ou intraentreprise. Ses travaux se centrent sur les spécificités du capital humain et la question de l’évolution du travail et de la motivation des salariés. Elle vient de publier un livre Travailler, pour quoi faire ? dans lequel elle décrypte les différentes relations au travail et la manière dont ces relations évoluent avec l’âge et l’avancée en carrière. Pour cet ouvrage, elle a interrogé plus de 100 personnes affectées à des missions de responsabilité âgées de 25 à 65 ans, à l’occasion d’entretiens de 2 heures.

CHIFFRES CLÉS

40 % : la part de la génération Y dans le total des effectifs salariés français.

39 % : le taux d’actifs de la génération Y envisageant de quitter leur entreprise dans les deux ans (contre 43 % en 2016 et 36 % en 2017).

66 % : des Y se sentent engagés au travail. Leur engagement est d’autant plus élevé quand ils concilient de manière satisfaisante vie professionnelle et vie personnelle.

40 % : la part des Y ayant le sentiment que leur entreprise prend mal en compte leurs contraintes personnelles.

33 % : le taux de Y estimant que les entreprises devraient s’engager pour la protection de l’environnement et pour l’amélioration de la société.

Source : Insee, janvier 2019

LE TOP 5 DES MOTIVATIONS DE LA GÉNÉRATION Y

  1. les avantages financiers
  2. la flexibilité horaire et la localisation du travail
  3. la culture d’entreprise
  4. les programmes de bien-être
  5. la possibilité d’apprentissage continu

Source : 7e enquête annuelle de Deloitte sur la génération Y, juillet 2018