Ludovic Pendaries & Paul Flurin : les jeunes qui font du beau avec du vieux
publié le 02 novembre 2020
Manager mon entreprise , Portrait
Chaque Français consomme près de 10 tonnes de matière par an et génère 5 tonnes de déchets, qui sont recyclés ou valorisés dans le meilleur des cas, mais souvent enfouis sans aucune forme de valorisation. En réponse, une économie dite circulaire se développe un peu partout sur le territoire, à l’initiative de startups innovantes et engagées. Portrait de l’une d’entre elles : Tizu.

udovic Pendaries et son associé, Paul Flurin, ont accompli de belles études d’ingénieur dans la même promo, travaillé comme il se doit chez quelques fleurons de l’industrie française et grandes PME, fait leurs armes conformément à l’usage. Puis, à 28 ans tous les deux, ils sont sortis du rang pour monter une affaire qui réponde à leurs aspirations. « Nous nous questionnons beaucoup sur les valeurs du modèle industriel actuel, ressentons la volonté de créer une belle histoire d’entreprise et avons envie de démontrer qu’une production locale, dans une logique d’économie circulaire et de respect de l’environnement, est possible », détaillent-ils. Pari relevé le 16 mars 2020 ! Cette date qu’il ne sont pas prêts d’oublier marque le jour 1 de leur société, baptisé Tizu, un nom court, qui claque, et fait référence à leur matériau de base, le tissu.

Au cœur de leur business : un procédé de stratification du textile, de leur invention, permettant de donner une nouvelle vie à de vieux draps récupérés de-ci de-là. « Cette technique nous trottait dans la tête depuis un moment, poursuit Ludovic Pendaries. Nous fabriquons du mobilier à partir de bois réutilisé et de textiles usagés. Par exemple, pour une table basse, nous drapons un plateau en mélaminé puis nous imprégnons le tissu de résine, ce qui lui confère un petit côté pop, le rend parfaitement lisse et le protège de l’eau, du chaud et des tâches éventuelles ». Le tout dans leur atelier de Lyon et en lien avec des entreprises locales : Mineka pour le réemploi des matériaux et un fabricant de linge de maison ayant la bonne idée de récupérer les draps usagés de ses clients. Une économie 100 % circulaire qui parvient aujourd’hui à produire plus de 200 pièces par mois, envisage de recruter et réfléchit à élargir son offre autour des indispensables de la maison :  chaises, étagères, canapés, bureaux. « Le démarrage est conforme à nos attentes, indique le jeune dirigeant. Nos valeurs de production locale répondent aux attentes ; les produits plaisent et nous sommes en train de développer des partenariats avec des designers responsables et des écoles de design ».

Soutenu dans le cadre des startups de la French Tech, Tizu se veut une alternative industrielle crédible dans un monde de l’ameublement trusté par quelques mastodontes internationaux. Son positionnement d’acteur de l’économie circulaire, son concept de producteur-recycleur et son mode de distribution 100 % digital sont des cartes maîtresses et fortement disruptives. Ce sont aussi les marqueurs d’une génération qui souhaite inventer une autre façon de concevoir la relation au travail et à l’argent.  « Nous ne sommes pas parfaitement en cohérence avec nos aspirations, car notre participation à la société de consommation entre en confrontation avec notre conscience écologique, mais nous sommes convaincus que le circulaire est l’une des solutions pour l’émergence d’un monde d’après plus durable », conclut le jeune patron. Comme Tizu, de nombreuses startups font bouger les lignes ; elles sont pour la plupart très créatives et réactives à l’apparition de nouvelles contraintes réglementaires.

Pour découvrir leur site, c’est ici.

3 chiffres qui circulent

• 630 millions d’euros de produits sont détruits par an en France. Les trois quarts sont des livres et des produits d’hygiène et de beauté.

Interdire la destruction des invendus textiles permettrait d’économiser 250 000 tonnes par an de CO2, soit l’équivalent des émissions de 125 000 voitures par an.

• 300 000 emplois pourraient être créés dans le secteur de l’économie circulaire dans les 3 à 4ans, selon le ministère de la Transition écologique.

Sources : Ademe et ministère de la Transition écologique